mercredi 6 juin 2012

Fragment 4




Un coup de dés jamais n’abolira le hasard

    Les dés jetés ont réalisé l’une des éventualités tout entières contenues dans le hasard, comme une observation fige l’atome dans l’un de ses états quantiques. Le paradoxe n’est ainsi qu’apparent : le geste irrémédiable n’épuise pas l’infini des possibles, ni de la Pensée ; avant qu’elle ne soit émise, scintillement de ses virtualités, puis l’acte sans retour : Toute pensée émet un coup de dés. (13)
    Quand bien même lancé dans des circonstances éternelles du fond d’un naufrage (13)
    N’oublions pas qu’Igitur c’est : donc, dans ces circonstances. Pour s’écrire, le texte se justifie, cherche ses références dans le déjà écrit : Igitur qui, tout enfant, lit son devoir à ses ancêtres, dont un morceau est Le coup de dés, par quoi l’Acte s’accomplit et l’Infini est enfin fixé. (14)
    Un coup de dés annonce un livre tout autre que le livre qui est encore le nôtre : il laisse pressentir que ce que nous appelons livre selon l’usage de la tradition occidentale, où le regard identifie le mouvement de la compréhension avec la répétition d’un va-et-vient linéaire, n’a de justification que dans la facilité de la compréhension analytique. Au fond, il faut bien nous en rendre compte : nous avons les livres les plus pauvres qui puissent se concevoir, et nous continuons  de lire, après quelques millénaires, comme si nous ne faisions toujours que commencer à apprendre à lire. (15)


Références
(13)  S. Mallarmé, Un Coup de dés
(14)  S. Mallarmé, Igitur
(15)  M. Blanchot, Le Livre à venir

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire