samedi 30 juin 2012

Science en ondes

mardi 3 juillet 2012 (11 h-12 h) Radio Campus Lille 106,6 MHz ou www.campuslille.com



I. HOMO, naturae minister et interpres, tantum facit et intelligit quantum de naturae ordine re vel mente observaverit: nec amplius scit, aut potest.
II. Nec manus nuda, nec intellectus sibi permissus, multum valet; instrumentis et auxiliis res perficitur; quibus opus est, non minus ad intellectum, quam ad manum. Atque ut instrumenta manus motum aut cient aut regunt; ita et instrumenta mentis intellectui aut suggerunt aut cavent.
III. Scientia et potentia humana in idem coincidunt, quia ignoratio causae destituit effectum. Natura enim non nisi parendo vincitur: et quod in contemplatione instar causae est, id in operatione instar regulae est.

Francisci de Verulamio (1561-1626)
Novum Organum, sive indicia de interpretatione naturae, Lib. I
Aphorismi de interpretatione naturae et regno hominis, 1620

i.e.

I. HOMME, ministre et interprète de Nature, tant ne fait et intellige qu'il n'ait observé l'ordre de Nature, en les choses ou en esprit : et rien de plus ne sait, ni ne peut.
II. Ni la main nue ni l'intellect permis à lui-même ne valent moult ; l’œuvre est accomplie par instruments et aides, dont a besoin la main, non moins que l'intellect. Et de même que les instruments de la main la mettent en mouvement ou la guident, ainsi les instruments de l'esprit incitent ou mettent en garde l'intellect.
III. La science et la puissance humaines coïncident en la même chose, que l'ignorance de la cause déçoit l'effet. C'est que Nature n'est vaincue si qu'en lui obéissant : et ce qui dans la contemplation est à l'instar de la cause, est dans l'opération à l'instar de la règle.


Francis Bacon (1561-1626)
Nouvel Organe, ou indications de l'interprétation de Nature, Livre I
Aphorismes, De l'interprétation de Nature et du règne de l'Homme, 1620


Source : Bibliothèque latine
Voir aussi : Traduction de Lorquet (1857) - Bibliothèque nationale de France/Gallica
L'introduction de Lorquet est fort instructive, qui nous livre la substantificque mouelle sans nous épargner le vocabulaire comtien ou néo-kantien de l'époque. Dont mon mot au mot...


 

mardi 19 juin 2012

Fragment 5




Le Livre à venir

    C’est ainsi que Blanchot appelle la tentative ultime de Mallarmé : créer le Livre, un livre totalement soustrait au hasard, totalement maîtrisé, architectural et prémédité. Tel est le pari du poète : il ne sera ici question que de forme. Quant au contenu, si la vieille dualité a encore un sens aujourd’hui, souvenons-nous que tout, au monde, existe pour aboutir à un livre.
    Et pourtant, livre jamais écrit, et donc livre toujours imaginaire, n’existant que par ses esquisses, ébauches, plans, stratégies de publication, mais aussi ses critiques, commentaires et gloses (dont celle qui s’écrit ici) : pour emprunter au langage de la linguistique, signifié sans signifiant ; mieux : livre performatif, n’existant qu’à l’instant où l’on parle – ou écrit – de lui. Mais aussi, livre sans auteur, tel le veut son auteur : en quelque sorte entre centre et absence.
    Échec de Mallarmé ? La tentative et le projet sont l’exploration ou, s’il n’est pas donné absolu tel son analogue newtonien, mais défini par ce qu’il contient, l’élaboration d’un nouvel espace littéraire. Cet espace nouveau est constellé de la matière que sont les mots : rien n’aura eu lieu que le lieu excepté peut-être une constellation.  Aussi est-ce le poème Un coup de dés que choisit Blanchot pour emblème de ce changement total de la littérature, donc de l’histoire.
    Regard neuf sur le livre, nouvelle césure du poème, nouvelle scansion de l’être et surgissement d’un sens nouveau, mais aussi œuvre en mouvement. Mouvement pourtant issu d’un accomplissement de l’Acte : négation du hasard, et l’Infini est enfin fixé.  Le poème apparaît comme fixant les subdivisions prismatiques de l’Idée, dans l’espoir hégélien – fut-il jamais que vain ? – qu’Elle se manifeste et existe maintenant comme l’Idée absolument universelle.

    L’écrit pérenne donne plus que la parole éphémère : non pas comme le prétend tel proverbe, mais par cette disponibilité du sens, lorsqu’il se manifeste, toujours nouveau, à chaque confrontation du regard à ces traces noires laissées éparses en la page, qu’il nous faut, constellation, à chaque nouvelle lecture, déchiffrer.

     Pouvons-nous alors seulement imaginer quel sera ce Livre à venir ? Comme pour Mallarmé, sa réalisation ne doit-elle se résoudre qu’en la description de sa forme, de son plan (le Livre s’identifie avec l’annonce et l’attente de l’œuvre qu’il est, sans autre contenu que la présence de son avenir infiniment problématique ; comme dans une moindre mesure : la phrase Un coup de dés jamais n’abolira le hasard ne fait que produire le sens de la forme dont elle traduit la disposition) ?
    C’est dans le but de saisir un instant cette forme nouvelle que j’entreprends ma recherche : exercice formel d’écriture, ou poème. Un mot convient à la description de cette forme : hypertexte, qui n’est que la version contemporaine de la glosa médiévale.




Références
M. Blanchot, Le Livre à venir
S. Mallarmé, Un Coup de dés
S. Mallarmé, Igitur
S. Mallarmé, Divagations
J. Lacan, Lituraterre
J. Derrida, L’Ecriture et la différence
U. Eco, L’Œuvre  ouverte
G. W. F. Hegel, Morceaux choisis

mercredi 6 juin 2012

Fragment 4




Un coup de dés jamais n’abolira le hasard

    Les dés jetés ont réalisé l’une des éventualités tout entières contenues dans le hasard, comme une observation fige l’atome dans l’un de ses états quantiques. Le paradoxe n’est ainsi qu’apparent : le geste irrémédiable n’épuise pas l’infini des possibles, ni de la Pensée ; avant qu’elle ne soit émise, scintillement de ses virtualités, puis l’acte sans retour : Toute pensée émet un coup de dés. (13)
    Quand bien même lancé dans des circonstances éternelles du fond d’un naufrage (13)
    N’oublions pas qu’Igitur c’est : donc, dans ces circonstances. Pour s’écrire, le texte se justifie, cherche ses références dans le déjà écrit : Igitur qui, tout enfant, lit son devoir à ses ancêtres, dont un morceau est Le coup de dés, par quoi l’Acte s’accomplit et l’Infini est enfin fixé. (14)
    Un coup de dés annonce un livre tout autre que le livre qui est encore le nôtre : il laisse pressentir que ce que nous appelons livre selon l’usage de la tradition occidentale, où le regard identifie le mouvement de la compréhension avec la répétition d’un va-et-vient linéaire, n’a de justification que dans la facilité de la compréhension analytique. Au fond, il faut bien nous en rendre compte : nous avons les livres les plus pauvres qui puissent se concevoir, et nous continuons  de lire, après quelques millénaires, comme si nous ne faisions toujours que commencer à apprendre à lire. (15)


Références
(13)  S. Mallarmé, Un Coup de dés
(14)  S. Mallarmé, Igitur
(15)  M. Blanchot, Le Livre à venir