lundi 23 juillet 2012

Science en ondes

mardi 22 juillet 2012 (11 h-12 h) Radio Campus Lille 106,6 MHz ou www.campuslille.com


    Car s'il embrasse les opinions de Xenophon et de Platon par son propre discours, ce ne seront plus les leurs, ce seront les siennes. Qui suit un autre, il ne suit rien. Il ne trouve rien, voire ne cerche rien. "Non sumus sub rege; sibi quisque se vindicet." ("Nous ne vivons pas sous un roi; que chacun dispose de soi-même." Sénèque, Epîtres, 33) Qu'il sache qu'il sçait, au moins. Il faut qu'il emboive leurs humeurs, non qu'il aprenne leurs preceptes. Et qu'il oublie hardiment, s'il veut, d'où il les tient, mais qu'il se les sçache approprier. La vérité et la raison sont communes à un chacun, et ne sont non plus à qui les a dites premierement, qu'à qui les dict après. Ce n'est non plus selon Platon que selon moy, puis que luy et moi l'entendons et voyons de mesme. Les abeilles pillotent deçà delà les fleurs, mais elles en font après le miel, qui est tout leur; ce n'est plus thin ny marjolaine : ainsi les pieces empruntées d'autruy, il les transformera et confondera, pour en faire un ouvrage tout sien, à sçavoir son jugement. Son institution, son travail et estude ne vise qu'à le former.

Michel de Montaigne, Essais, Livre I, XXVI, De l'institution des enfans (1595)

Infos
Henri Poincaré, pionnier de la relativité, est mort il y a 100 ans
Un filament de matière noire repéré
Barrage de Tikal

Écouter
- Heinrich Schütz : Musikalische Exequien SWV 279 (18:36)
Veronika Winter • Bettina Palm • Henning Voss • Jan Kobow • Alsfelder Vokalensemble •
Barockorchester I Febiarmonici
- Cristóbal de Morales: Officium Defunctorum - Invitarium (5:42)
Hesperion XX - La Capella Reial de Catalunya - Jordi Savall
- Claude Goudimel : Estans Assis Aux Rives Aquatiques (4:47)
The Baltimore consort

Clément Marot, Pseaume 137 :
Etans assis aux rives aquatiques
De Babylon, plorions mélancholiques,
Nous souvenans du pays de Syon:
Et au milieu de l'habitation,
Où de regret tant de pleurs espandismes,
Aux saules verds nos harpes nous pendismes.

vendredi 13 juillet 2012

Science en ondes

mardi 17 juillet 2012 (11 h-12 h) Radio Campus Lille 106,6 MHz ou www.campuslille.com


    De mode que les Intelligences celestes, les Dieux tant marins que terrestres, en ont esté tous effrayez, voyans par l’usaige de cestuy benedict Pantagruelion les peuples Arcticques en plein aspect des Antarcticques franchir la mer Athlanticque, passer les deux Tropicques, volter sous la zone torride, mesurer tout le Zodiaque, s’esbatre soubs l’Æquinoctial, avoir l’un et l’aultre pole en veue à fleur de leur orizon.
    Les dieux olympicques ont en pareil effroy dict : « Pantagruel nous a mis en pensement nouveau et tedieux, plus que oncques ne feirent les Aloïdes, par l’usaige et vertus de son herbe. Il sera de brief marié, de sa femme aura enfans. A ceste destinée ne povons nous contrevenir : car elle est passée par les mains et fuseaulx des sœurs fatales, filles de Nécessité. Par ses enfans (peut estre) sera inventée herbe de semblable energie : moyenant laquelle pourront les humains visiter les sources des gresles, les bondes des pluyes, et l'officine des fouldres, pourront envahir les regions de la Lune, entrer le territoire des signes celestes, et là prendre logis, les uns à l'Aigle d'or, les aultres au Mouton, les aultres à la Couronne, les aultres à la Herpe, les aultres au Lion d'argent, s'asseoir à table avecques nous, et nos déesses prendre à femmes, qui sont les seulx moyens d'estre deifiez. »

Rabelais, Le Tiers Livre, LI (1552)

Infos
Entre étoile et planète : une naine brune en formation
585 millions d'années : les animaux sont bien plus vieux que prévu !
Mars comme si vous y étiez !
Le prototype mental du triangle
Les galaxies noires de l'Univers primordial observées pour la première fois

Et toujours à propos du boson dit "de Higgs" :
    - un petit article de l'un de ses co-inventeurs, le physicien belge François Englert (les dossiers de La Recherche, mai 2011)
    - le boson de Higgs explique-t-il la masse de la matière noire ?
    - non, le boson de Higgs n'explique pas la masse du Soleil !
    - Bose, l’homme qui a donné son nom au «boson»

Voir
Documentaire consacré au mathématicien Henri Poncaré

Écouter
Rokia Traoré : Sabali (5' 00)
Sara Tavares : Voz di vento (4' 12)
Eustache du Caurroy : Cinq fantaisies sur Une jeune fillette (6' 57) par l'ensemble Mare Nostrum
Johann Jacob Froberger : Tombeau sur la mort de Monsieur Blancrocher (7' 34) par Bob van Asperen, clavecin Labrèche, c.1680
Michel Lambert : Sombre déserts (3' 44) par René Jacobs
Le coin des curieux : je n'ai pas trouvé le nom de l'interprète, mais vous musiciens pourrez suivre la partition, même si ne connaissez le japonais... À la flûte shakuhachi : le morceau est intitulé samuke

jeudi 5 juillet 2012

Science en ondes

mardi 10 juillet 2012 (11 h-12 h) Radio Campus Lille 106,6 Mhz ou www.campuslille.com


    We have found a strange foot-print on the shores of the unknown. We have devised profound theories, one after another, to account for its origin. At last, we have succeeded in reconstructing the creature that made the foot-print. And Lo! It is our own.

Sir Arthur Stanley Eddington


Dossier : Boson de Higgs

Communiqué de presse du CERN

Les expériences du CERN observent une particule dont les caractéristiques sont compatibles avec celles du boson de Higgs tant attendu

Genève, le 4 juillet 2012. À l’occasion d’un séminaire qui s’est tenu aujourd’hui au CERN* en prélude à la grande conférence de physique des particules de l’année, ICHEP2012, qui s’ouvrira demain à Melbourne, les expériences ATLAS et CMS ont présenté leurs derniers résultats préliminaires concernant la recherche du boson de Higgs tant attendu. Les deux expériences observent une nouvelle particule dans la gamme de masses au voisinage de 125-126 GeV.
« Nous observons dans nos données des indices clairs d’une nouvelle particule, au niveau de 5 sigmas, dans la gamme de masses autour de 126 GeV. La performance remarquable du LHC et d’ATLAS et les efforts considérables qui ont été déployés nous ont conduits à ce résultat exaltant, a déclaré la porte-parole de l’expérience ATLAS, Fabiola Gianotti, mais il nous faut un peu plus de temps pour qu’il puisse être publié.»
« Ces résultats sont préliminaires, mais le signal de 5 sigmas observé au voisinage de 125 GeV est remarquable. Il s’agit effectivement d’une nouvelle particule. Nous savons que ce doit être un boson et qu’il s’agit du boson le plus lourd jamais observé, souligne le porte-parole de l’expérience CMS, Joe Incandela. Les conséquences sont considérables ; c'est précisément pour cette raison que nous devons être extrêmement rigoureux dans toutes nos études et vérifications. »
« Il est difficile de ne pas s’enthousiasmer, a indiqué le Directeur de la recherche du CERN, Sergio Bertolucci. Nous avions dit l’année dernière qu'en 2012, soit nous trouverions une nouvelle particule semblable au boson de Higgs, soit nous exclurions l’existence du Higgs du Modèle standard. Avec toute la prudence qui s’impose, nous nous trouvons, il me semble, à un croisement : l’observation de cette nouvelle particule nous montre la voie à suivre dans l’avenir pour mieux comprendre ce que nous observons dans les données. »
Les résultats présentés aujourd’hui sont qualifiés de préliminaires. Ils reposent sur les données recueillies en 2011 et 2012, les données de 2012 étant toujours en cours d’analyse. Ils devraient pouvoir être publiés vers la fin du mois de juillet. Une représentation plus complète des observations faites aujourd’hui se dégagera plus tard dans l’année, lorsque les expériences auront reçu du LHC davantage de données.
Il s’agira ensuite de déterminer la nature précise de la particule et son importance pour notre compréhension de l’Univers. Ses propriétés sont-elles celles qu’on s’attendait à trouver dans le boson de Higgs tant attendu, le maillon manquant du Modèle standard de la physique des particules ? Ou est-ce quelque chose de plus exotique ? Le Modèle standard décrit les particules fondamentales dont nous sommes faits, comme toute chose visible dans l'Univers, ainsi que les forces qui les unissent. Il s’avère toutefois que l’Univers visible ne représente pas plus de 4 % environ de l’ensemble. Une version plus exotique du boson de Higgs pourrait nous permettre de comprendre les 96 % de l’Univers qui restent obscurs.
« Nous avons franchi une nouvelle étape dans notre compréhension de la nature, a déclaré le Directeur général du CERN, Rolf Heuer. La découverte d’une particule dont les caractéristiques sont compatibles avec celles du boson de Higgs ouvre la voie à des études plus poussées, exigeant davantage de statistiques, qui établiront les propriétés de la nouvelle particule ; elle devrait par ailleurs lever le voile sur d’autres mystères de notre Univers. »
Identifier formellement les caractéristiques de la nouvelle particule prendra beaucoup de temps et exigera un grand nombre de données. Mais, quelles que soient les propriétés du boson de Higgs, nous sommes sur le point de faire un grand pas en avant dans notre compréhension de la structure fondamentale de la matière.


Qu'est-ce que le boson de Higgs ? La réponse en vidéo du physicien John Ellis 

Qu'est-ce que le boson de Higgs ? La réponse de Wikipédia qui entre assez dans le détail mais reste accessible pour qui connaît un peu les concepts de base de la physique contemporaine. Article accompagné de références intéressantes.

Au lieu des à-peu-près et du buzz médiatiques, écoutez plutôt l'interview du physicien Étienne Klein, invité des Matins de France Culture du vendredi 6 juillet 2012 (consulter les plages 74:30-91:20 et 106:30-141:40 de la barre horaire) et lire l'article Higgs : la révolution du boson ? disponible sur le site de France Q.

Infos
La seconde intercalaire du 30 juin crée le bug et le buzz
Démarrage de la mission Euclid consacrée à l'étude de l'énergie noire
Les variations météorologiques existent aussi sur certaines exoplanètes
Record : un cratère d'impact vieux de 3 milliards d'années au Groenland
Évolution : un champignon préhistorique serait à l'origine de l'arrêt de la formation du charbon

Voir
Sur le site du CNRS : Abyssbox, l’œil des profondeurs
Des scientifiques de l’UPMC, du CNRS et de l'Ifremer se sont associés avec le parc Océanopolis de Brest pour présenter une nouvelle exposition permanente, en exclusivité mondiale : Abyssbox. Grâce à un caisson expérimental, conçu par un chercheur du CNRS, les conditions de vie extrêmes des abysses sont reconstituées. Cette faune marine est maintenue en vie et observée dans un aquarium pressurisé reproduisant la pression des profondeurs. Pour la première fois au monde, un petit hublot permet au public et aux scientifiques de contempler ces animaux normalement impossibles à observer hors de leur milieu.
Réalisation : Luc Ronat - Production : CNRS Images

Écouter
Joh. Jac. Frohberger : Lamentation faite sur la mort très douloureuse de Sa Majesté Impériale, Ferdinand le troisième ; et se joue lentement avec discrétion. A. 1657 (6' 02) par Blandine Verlet, clavecin Hans Ruckers II, 1624 (Musée Unterlinden de Colmar) CD Astrée 1989
Oumou Sangaré : Djama Kaissoumou  (6' 49)










samedi 30 juin 2012

Science en ondes

mardi 3 juillet 2012 (11 h-12 h) Radio Campus Lille 106,6 MHz ou www.campuslille.com



I. HOMO, naturae minister et interpres, tantum facit et intelligit quantum de naturae ordine re vel mente observaverit: nec amplius scit, aut potest.
II. Nec manus nuda, nec intellectus sibi permissus, multum valet; instrumentis et auxiliis res perficitur; quibus opus est, non minus ad intellectum, quam ad manum. Atque ut instrumenta manus motum aut cient aut regunt; ita et instrumenta mentis intellectui aut suggerunt aut cavent.
III. Scientia et potentia humana in idem coincidunt, quia ignoratio causae destituit effectum. Natura enim non nisi parendo vincitur: et quod in contemplatione instar causae est, id in operatione instar regulae est.

Francisci de Verulamio (1561-1626)
Novum Organum, sive indicia de interpretatione naturae, Lib. I
Aphorismi de interpretatione naturae et regno hominis, 1620

i.e.

I. HOMME, ministre et interprète de Nature, tant ne fait et intellige qu'il n'ait observé l'ordre de Nature, en les choses ou en esprit : et rien de plus ne sait, ni ne peut.
II. Ni la main nue ni l'intellect permis à lui-même ne valent moult ; l’œuvre est accomplie par instruments et aides, dont a besoin la main, non moins que l'intellect. Et de même que les instruments de la main la mettent en mouvement ou la guident, ainsi les instruments de l'esprit incitent ou mettent en garde l'intellect.
III. La science et la puissance humaines coïncident en la même chose, que l'ignorance de la cause déçoit l'effet. C'est que Nature n'est vaincue si qu'en lui obéissant : et ce qui dans la contemplation est à l'instar de la cause, est dans l'opération à l'instar de la règle.


Francis Bacon (1561-1626)
Nouvel Organe, ou indications de l'interprétation de Nature, Livre I
Aphorismes, De l'interprétation de Nature et du règne de l'Homme, 1620


Source : Bibliothèque latine
Voir aussi : Traduction de Lorquet (1857) - Bibliothèque nationale de France/Gallica
L'introduction de Lorquet est fort instructive, qui nous livre la substantificque mouelle sans nous épargner le vocabulaire comtien ou néo-kantien de l'époque. Dont mon mot au mot...

Infos
Quelques infos à caractère scientifique glanées sur le net.
Panspermie et ce n'est pas un gros mot ! Les origines de la vie : est-elle purement terrestre ou venue de l'espace ? (en tous cas, si ce n'est pour les organismes vivants, du moins pour leurs constituants chimiques).
Dinosaures et sang de navet : ecto- ou endo-thermie des dinosaures
Tau Bootis b, une exoplanète de la constellation du Bouvier
Une minute fait 61 secondes : la mesure du temps doit-elle être basée sur le temps des horloges atomiques ou rester liée à la rotation (irrégulière) de la Terre ?
Les Français-E-s et la science : sondage Ipsos/Logica pour le magazine La Recherche et le quotidien Le Monde. Signalons également le numéro spécial de La Recherche consacré à la physique du XXIe siècle.
Insolite : Archéologie (c'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures soupes) et Escargot et pile électrique.

Écouter 
Petite sélection de musique "de haulte fustaye". D'abord : Eustache Du Caurroy (1549-1609), compositeur à la cour des rois de France, qui fut célèbre et renommé en son temps, "Et mourut l'an et jour que trespassa." Sa Messe pour les enterrements... fut exécutée lors des funérailles de Henry IV.
Michel Lambert (1610-1696), célèbre pour ses airs de cour (et avoir été beau-père de Lully), lui aussi injustement trop peu enregistré aujourd'hui.
Juste un Biber, Heinrich Ignaz Franz (von) de prénoms (1644-1704), qui ne démérita de l'art violonesque, ni sa Passacaglia (sonate XVI du Rosaire, "Die Schützenengelsonate") de celle de Bach...
Y tambien : "Tacones lejanos", et un vieux chanteur toujours méritant : Atahualpa Yupanqui.

Et voici la musique :
Eustache Du Caurroy : Messe pour les enterremens des roys de France : Agnus Dei, Lux aeternam, Libera me (9' 05) par l'ensemble Doulce mémoire.
Michel Lambert : Vos mépris chaque jour, air de cour (5' 27) par Stephan van Dyck et l'ensemble Musica Favola.
Heinrich Ignaz Franz von Biber : Les sonates du Rosaire, L'Assomption (XIV) (8' 40) par l'ensemble Le Bizzarrie Armoniche
Luz Casal : Piensa en mi (4' 28)
Atahualpa Yupanqui : Milonga del Solitario (4' 14)

Voir et écouter
This is major tom to ground control, "un projet de littérature extraterrestre de Véronique Béland : interpréter les données cueillies par les radiotélescopes de l’Observatoire de Paris à l’aide d’un générateur automatique de textes aléatoires. Grâce à une voix de synthèse qui le récite en temps réel, le texte devient alors la « voix de l’Univers »."
Véronique Béland était l'invitée de l'émission "Traverse !" sur Radio Campus Lille, samedi 30 juin 2012, 13 h-14 h (en seconde partie d'émission, vers 13 h 35).


 

vendredi 22 juin 2012

science en ondes

mardi 26 juin (11 h-12 h) Radio Campus Lille 106,6 MHz et www.campuslille.com




Moi qui passe et qui meurs, je vous contemple, étoiles !
La Terre n'étreint plus l'enfant qu'elle a porté.
Debout, tout près des dieux, dans la nuit aux cent voiles,
Je m'associe, infime, à cette immensité ;
Je goûte, en vous voyant, ma part d'éternité.

Claude Ptolémée, Almageste, IIe siècle

Écouter


Marta Gomez : Tierra tan solo
Pierluigi da Palestrina/Francesco Rognoni : Lo son ferito, William Dongois, cornet à bouquin
Stefano Landi : La passacaglia della vita et Augellin par l'ensemble L'Arpeggiata

Infos

Pesticides
Sommet Rio+20
Peintures rupestres

Voir

Grotte de Lascaux


mardi 19 juin 2012

Fragment 5




Le Livre à venir

    C’est ainsi que Blanchot appelle la tentative ultime de Mallarmé : créer le Livre, un livre totalement soustrait au hasard, totalement maîtrisé, architectural et prémédité. Tel est le pari du poète : il ne sera ici question que de forme. Quant au contenu, si la vieille dualité a encore un sens aujourd’hui, souvenons-nous que tout, au monde, existe pour aboutir à un livre.
    Et pourtant, livre jamais écrit, et donc livre toujours imaginaire, n’existant que par ses esquisses, ébauches, plans, stratégies de publication, mais aussi ses critiques, commentaires et gloses (dont celle qui s’écrit ici) : pour emprunter au langage de la linguistique, signifié sans signifiant ; mieux : livre performatif, n’existant qu’à l’instant où l’on parle – ou écrit – de lui. Mais aussi, livre sans auteur, tel le veut son auteur : en quelque sorte entre centre et absence.
    Échec de Mallarmé ? La tentative et le projet sont l’exploration ou, s’il n’est pas donné absolu tel son analogue newtonien, mais défini par ce qu’il contient, l’élaboration d’un nouvel espace littéraire. Cet espace nouveau est constellé de la matière que sont les mots : rien n’aura eu lieu que le lieu excepté peut-être une constellation.  Aussi est-ce le poème Un coup de dés que choisit Blanchot pour emblème de ce changement total de la littérature, donc de l’histoire.
    Regard neuf sur le livre, nouvelle césure du poème, nouvelle scansion de l’être et surgissement d’un sens nouveau, mais aussi œuvre en mouvement. Mouvement pourtant issu d’un accomplissement de l’Acte : négation du hasard, et l’Infini est enfin fixé.  Le poème apparaît comme fixant les subdivisions prismatiques de l’Idée, dans l’espoir hégélien – fut-il jamais que vain ? – qu’Elle se manifeste et existe maintenant comme l’Idée absolument universelle.

    L’écrit pérenne donne plus que la parole éphémère : non pas comme le prétend tel proverbe, mais par cette disponibilité du sens, lorsqu’il se manifeste, toujours nouveau, à chaque confrontation du regard à ces traces noires laissées éparses en la page, qu’il nous faut, constellation, à chaque nouvelle lecture, déchiffrer.

     Pouvons-nous alors seulement imaginer quel sera ce Livre à venir ? Comme pour Mallarmé, sa réalisation ne doit-elle se résoudre qu’en la description de sa forme, de son plan (le Livre s’identifie avec l’annonce et l’attente de l’œuvre qu’il est, sans autre contenu que la présence de son avenir infiniment problématique ; comme dans une moindre mesure : la phrase Un coup de dés jamais n’abolira le hasard ne fait que produire le sens de la forme dont elle traduit la disposition) ?
    C’est dans le but de saisir un instant cette forme nouvelle que j’entreprends ma recherche : exercice formel d’écriture, ou poème. Un mot convient à la description de cette forme : hypertexte, qui n’est que la version contemporaine de la glosa médiévale.




Références
M. Blanchot, Le Livre à venir
S. Mallarmé, Un Coup de dés
S. Mallarmé, Igitur
S. Mallarmé, Divagations
J. Lacan, Lituraterre
J. Derrida, L’Ecriture et la différence
U. Eco, L’Œuvre  ouverte
G. W. F. Hegel, Morceaux choisis

lundi 18 juin 2012

Science en ondes

mardi 19 juin (11 h- 12 h) Radio Campus Lille 106,6 MHz



    Down, down, down. Would the fall never come to an end? "I wonder how many miles I've fallen by this time?" she said aloud. "I must be getting somewhere near the centre of earth. Let me see: that would be four thousand miles down, I think--" (for, you see, Alice had learnt several things of this sort in her lessons in the schoolroom, and though this was not a very good opportunity for showing off her knowledge, as there was no one to listen to her, still it was good practice to say it over) "--yes, that's about the right distance--but then I wonder what Latitude or Longitude I've got to?" (Alice had no idea what Latitude was, or Longitude either, but thought they were nice grand words to say.)

Alice's Adventures in Wonderland
Lewis Carroll, 1865

Infos science

Tous des singes ?
Voir aussi : post du 11 juin 2012

Écouter

Heinrich Schütz : motet Fili mi Absalon par Harry van der Kamp

Une curiosité : Bach par deux solistes espagnols de L'Escolania de Montserrat. Le son n'est pas terrible mais... Extrait de la BWV 4 Christus lag in Todesbanden, III : Den Tod niemand zwingen kunnt

Beethoven : la cavatine par les Végh

J'oubliais : Monsieur Demachy, le prélude de la 5e suite, par SHISHIDO Toshiko